Habiter Poétiquement le Monde…

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L’exposition traite de la deuxième moitié du XXe siècle à nos jours.

Le verbe d’action
« habiter », employé à l’infinitif et son corollaire le terme générique
« le monde » renvoie à ce qui est du côté de l’acte primordial : « être
dans le monde », y exister.

Il relève alors de certaines attitudes
d’ouverture ou de fermeture face au monde, considéré comme la
maison de l’artiste et perçu par lui comme poétique.
Il est nécessaire de rappeler maintenant que l’expression « habiter
poétiquement le monde » est un emprunt au poète romantique
allemand Hölderlin, extrait d’un poème de 1823.

En bleu adorable .
Le poète évoque au début, sans pittoresque et à grands traits, le
monde à l’aide de quelques éléments de la nature, le ciel, le soleil,
l’hirondelle, ou encore quelques objets le toit, la tôle, la girouette,
dessinant formes et couleurs. Le regard ainsi posé sur le monde pose
un tremplin à la réflexion existentielle et philosophique :

« (…)
Un homme, quand la vie n’est que fatigue, un homme
Peut-il regarder en haut, et dire : tel
Aussi voudrais-je être ? Oui. Tant qu’en son coeur
Dure la bienveillance, toujours pure,
L’homme peut avec le divin se mesurer
Non sans bonheur. Dieu est-il inconnu ?
Est-il comme le ciel, évident ? Je le croirais
Plutôt. Telle est la mesure de l’homme.
Riche en mérites, mais poétiquement toujours,
Sur terre habite l’homme. Mais l’ombre
De la nuit avec les étoiles n’est pas plus pure,
Si j’ose le dire, que
L’homme, qu’il faut appeler une image de Dieu.
Est-il sur la terre une mesure ? Il n’en est
Aucune. (…) »

Le philosophe allemand Heidegger, a commenté l’expression dans
une conférence en 1951 intitulée « Poétiquement habite l’homme »,
puis dans l’essai Qu’est-ce-que la métaphysique ? Hölderlin et
l’essence de la poésie. Il y récuse l’acceptation usuelle de se loger
pour le verbe habiter et lui attribue bien une dimension
existentielle : la manière d’habiter le monde, d’y exister fonde la
condition humaine. Heidegger élargit aussi le domaine de la poésie
au-delà du littéraire et de l’art du langage à celui de l’art en général,
redéfini comme mode de présence au monde. Le poète Yves
Bonnefoy ne définit pas la poésie autrement.
En conséquence, ces présupposés nécessitent de la part du visiteur
plusieurs pas de côté : ils obligent à regarder autrement les oeuvres
exposées, non plus seulement comme des objets formels à
contempler – le visible – mais comme les traces et les gestes d’un
sujet témoignant d’une manière d’exister et de penser poétiquement
le monde – l’invisible. La création artistique ainsi reliée à l’existence
de l’artiste ne se conçoit pas ici comme représentation du monde :
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elle devient espace poétique tracé par la présence de l’artiste et
habité de son intériorité. L’oeuvre de Ian Wilson est à cet égard
emblématique qui trace un cercle, dont le contenu reste secret aux
yeux du visiteur.

Pour quelques repères, un aperçu rapide de l’exposition

Autant dire que la notion d’espace, l’espace du monde et l’espace de
l’oeuvre, l’existence de l’artiste, pas systématiquement au sens
biographique, constituent la problématique fondamentale de
l’exposition. Les oeuvres déclinent une multitude d’espaces,
territoires imaginaires ou réels : urbain, naturel, scriptural, mental,
cartographique, photographique ; une multitudes de formes
prélevées au coeur même du quotidien : collection, liste, objet-livre,
habitacle, habit, dessin, tâche, boîte, papiers usagers, installations,
films etc… Elles résultent de gestes artistiques aussi divers : la
contemplation, l’errance, l’arpentage, la marche, la collecte, la
construction, l’écriture, le reportage.

Au total, 350 oeuvres regroupées autour de la formule-titre et puisées
dans le répertoire de l’art contemporain et de l’art brut, selon un
parcours promenade qui permet de découvrir la nouvelle
architecture du musée en même temps que les oeuvres d’artistespoètes
– François Dufrênes, On Kawara, Marcel Broodthaers, Willem
Van Genk, Monsieur G., Robert Filliou, Laure Pigeon – aussi bien que
de poètes-artistes : Henri Michaux, Fernand Deligny, Jack Kerouac, ,
Stéphane Mallarmé, Christian Dotremont. Pour n’en citer que
quelques-uns.

Les salles sont organisées en cinq thématiques. Entrée des voyageurs
rassemble des artistes arpenteurs des villes ; les créateurs de formes
espace-temps rejoignent la section L’entre-deux espaces ; les
performeurs celle du Dispositif individuels ; la salle intitulée
Poétiques des éléments est réservée aux alchimistes de l’écriture et
du dessin ; la cinquième, À bords perdus, évoque les déambulations
dans la nature ; les Bâtisseurs de l’imaginaire sont les constructeurs
d’architectures singulières. Le parc sera également investi d’oeuvres
évolutives ou performatives, qui ont trait à la nature.

Dossier pédagogique Habiter poétiquement le monde – LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut.

Dossier pédagogique réalisé en collaboration avec Régine Carpentier, Michel
Mackowiak et Franck Dudin enseignants missionnés au LaM

Lire le Dossier Pédagogique Habiter Poétiquement le Monde

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